Pascal Robaglia : «Les expos coup de cœur de la rentrée»

Pascal Robaglia, marchand d’art à Paris depuis trente ans, connaît l’actualité culturelle de la ville sur le bout des doigts. Il nous confie aujourd’hui ses impressions sur la rentrée 2019. Pascal Robaglia, nos lecteurs aimeraient votre point de vue sur les expositions de la rentrée. Lesquelles avez-vous donc été voir ?

Pascal Robaglia : Mais toutes voyons ! Je plaisante. Il est difficile de toutes les voir, mais dans le cadre de mon activité il faut que je me tienne au courant de la vie culturelle. Savoir ce que les gens aiment, améliorer mes propres connaissances. Sans compter que j’adore fréquenter les musées, me perdre dans un bel accrochage… L’exposition Bacon au centre Pompidou est à ce titre admirable. Elle est aérée, les tableaux sont particulièrement mis en valeur. J’ai également été voir les maîtres naïfs au musée Maillol, le Maharajah d’Indore au musée des Arts Décoratifs. Des musées plus discrets m’ont impressionné par la splendeur de leurs expositions : Mondrian au musée Marmottan-Monet est une merveille. La collection Alana au musée Jacquemart-André ne me lasse pas. J’ai été la voir trois fois déjà !

Parlez-nous de ces deux dernières expositions. Quels sont leurs points forts ?

Pascal Robaglia : Marmottan-Monet est parvenu à réunir des tableaux exceptionnels. Je pense surtout au Moulin dans la clarté du soleil, qui n’était jamais sorti des Pays-Bas. L’effet de lumière est incroyable, et Mondrian l’a atteint simplement en jouant sur la complémentaire jaune/violet. On cognait de Mondrian ses compositions géométriques. Mais son génie, à mon avis, s’exprime encore plus dans ces œuvres figuratives. Quant à l’exposition Alana, dans un tout autre registre, c’est un cours très complet sur l’art de la Renaissance. Les œuvres sont de premier choix, les collectionneurs avaient l’œil. Il n’y en a  »que » 75, ce qui permet de les apprécier tranquillement. J’ai un coup de cœur pour l’Annonciation de Lorenzo Monaco. Les couleurs des ailes sont fabuleuses. Le rose délicat des robes se retrouve même dans les joues de l’ange et de la Vierge : quelle vie !

L’exposition Moderne Maharajah au musée des Arts Décoratifs fait également du bruit !

Pascal Robaglia : Magnifique exposition oui, très dense. La figure du prince est fascinante, et c’est surtout sa personnalité qui est à l’honneur. C’était un esprit vraiment éclairé, ouvert. Tous ses voyages, ses rencontres avec les plus grands artistes, toutes ses acquisitions, lui ont formé un esprit exceptionnel. L’exposition se concentre sur son palais de Manik Bagh, qui reflète le prince lui-même. Son intérêt pour l’architecture et le design est très bien représenté : les tapis d’Ivan Da Silva Bruhns, les fauteuils d’Eckart Muthesius (l’architecte du palais), les lits de Sognot et Alix. Egalement son goût pour la joaillerie. L’exposition présente même des films du prince et de sa femme dans leur palais.

Vous nous avez aussi parlé des maîtres naïfs, pourriez-vous nous en dire plus sur cette exposition ?

PR : Henri Rousseau, Séraphine Louis, André Bauchant, Jean Eve,… Beaucoup de noms ne sont pas familiers du grand public. Ils avaient des professions humbles, ils sont venus à l’art en autodidactes pendant l’entre-deux-guerres. C’est une exposition très rafraichissante. Je suis heureux des notices et panneaux, qui donnent à ces peintres un véritable statut d’artiste. Ils analysent l’inventivité des tableaux, et leurs relations avec la tradition picturale. C’est un pas en avant ! J’adore Le Hibou de Bauchant. Il a un côté emblématique, presque magique. On dirait un talisman animiste. En même temps, il vole posé à plat sur la toile. Normal, c’est une peinture. Il est simple, il est beau, il est pictural.

Propos recueillis par Stéphanie Lacombe